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Observatoire Interrégional du marché de l’Emploi
Sixième rapport : résumé

6e Rapport de l'OIE (11e Sommet de la Grande Région)Une croissance démographique en perte de vitesse dans la Grande Région

Depuis les années 70, la population de la Grande Région a connu une progression de 6,9% pour s’établir à environ 11,4 millions d’habitants au début de l’année 2008. Sur la même période, une hausse démographique de 14,7% était enregistrée au niveau européen (UE des 27). La faiblesse de la croissance démographique de la Grande Région par rapport à la moyenne européenne a déjà été observée dans un passé récent : depuis la fin des années 90, l’augmentation de la population dans l’espace de coopération a connu une perte de vitesse importante et s’est élevée à +1,8% seulement sur la période 1998-2008 (UE des 27 : +3,4%). Le ralentissement de la dynamique démographique a été fortement influencé par le recul de la population observé en Rhénanie-Palatinat depuis le début de l’année 2006 ainsi que par les pertes démographiques enregistrées depuis longtemps déjà en Sarre. Ce phénomène est imputable à l’aggravation constante du déficit naturel alliée à un solde migratoire en baisse, voire négatif (dans le cas de la Sarre). La Lorraine connaît une dynamique démographique relativement stagnante – l’excédent naturel élevé y compense en grande partie les déficits migratoires. La Wallonie, la Communauté germanophone de Belgique et le Luxembourg parviennent en revanche à maintenir une tendance à la hausse.

Le travail favorise la mobilité : les régions économiquement performantes bénéficient de fortes augmentations de population

L’analyse à un niveau infra régional révèle que les chiffres démographiques ont, au cours des dix dernières années, essentiellement augmenté dans les régions économiquement performantes ainsi que

le long des principaux axes de transport. Au coeur de la Grande Région, l’attrait économique du Luxembourg est le premier moteur de la croissance démographique dans les zones voisines. Des pertes de population sont en revanche observées dans certaines régions structurellement peu développées ainsi que dans les zones moins centrales ou mal desservies.

Légères progressions de population attendues face à une baisse de la population active potentielle

Contrairement aux prévisions antérieures, les projections les plus récentes annoncent pour la Grande Région le maintien de la croissance démographique jusqu’en 2025, avant d’amorcer par la suite un recul progressif. Le renversement de la pyramide des âges (déjà observé aujourd’hui) a cependant un impact bien plus significatif : alors que le nombre d’habitants poursuivra sa progression jusqu’en 2030, la population active potentielle est appelée à diminuer et à vieillir dans la Grande Région.

5,2 millions de personnes actives vivent actuellement dans la Grande Région, soit 5,4% de plus qu’en 2000.

En 2007, la population active de la Grande Région comptait 5,2 millions de personnes, conformément à l’Enquête sur les Forces de Travail de l’UE, ce qui correspond à un taux d’activité de 70,1%, et place la Grande Région dans la moyenne européenne des 27 (70,4%) mais en deçà de la moyenne européenne des 15 (72%). Par rapport à l’année 2000, la population active totale dans l’espace de coopération a augmenté de 5,4% ; depuis, ce chiffre a encore légèrement progressé de 3,3 points. Notons cependant que l’évolution fut plutôt hétérogène : alors qu’entre 2000 et 2004, le taux d’activité a quasiment stagné, la période qui a suivi a vu une augmentation significative. Ceci vaut tout particulièrement pour 2004 et 2005 (+2,4%), alors qu’entre 2005 et 2007 l’évolution est restée modérée avec une hausse de seulement 1,1%.

Hausse du taux d’activité chez les femmes et les seniors ; quasi stagnation chez les hommes et les jeunes

L’augmentation du taux d’activité entre 2005 et 2007 est essentiellement due à la progression de l'activité chez les femmes qui ont augmenté leur taux d’activité de 1,4 points pour atteindre désormais 63,7%. Comparativement, le taux d’activité des hommes plafonnant actuellement à 76,4%, a légèrement diminué. Le taux d’activité des jeunes de la Grande Région est resté quasiment inchangé et a atteint 42,3% en 2007. La plus forte hausse des années passées a été enregistrée chez les seniors (+ 1,6%). Malgré cette tendance haussière, le taux d’activité de cette tranche de la population reste toutefois en deçà des hausses enregistrées au niveau européen (+2,1%), si bien que la part d’activité des seniors qui s'est élevée à 44,4% en 2007 reste en dessous de la moyenne européenne (UE-27 : 47,3% ; UE-15 : 49,3%).

Diminution du taux de chômage à 7,6% en 2007

Alors que le taux de chômage de la Grande Région avait atteint, en 2005, son plus fort niveau de ces dix dernières années, avec 9,9%, la situation s’est nettement améliorée suite à la relance économique : entre 2005 et 2007, le taux de chômage a baissé de 2,3 points pour atteindre 7,6%. Même si la Grande Région a ainsi pu se rapprocher de la moyenne européenne, son taux de chômage reste supérieur (UE-27: 7,2%; UE-15: 7,0%). Malgré l’évolution récente globalement positive, le chômage reste cependant un problème persistant au sein de l’espace de coopération. Cela vaut également dans le contexte actuel de crise économique et financière mondiale qui a eu des répercussions sur la Grande Région tard durant le dernier trimestre 2008. Même si, à l’heure actuelle, les répercussions de la crise ne sont pas encore perceptibles dans les statistiques disponibles, la détente sur le marché du travail de la Grande Région, observée ces dernières années, semble avoir pris un coup d’arrêt en 2009.

Les régions allemandes et la Lorraine enregistrent le plus fort recul du chômage

La situation économique favorable des dernières années a eu des répercussions positives sur la baisse du chômage dans les deux régions allemandes et en Lorraine. Avec une diminution de 3,5 points depuis 2005 et un taux atteignant 7,3% en 2007, la Sarre a connu le plus fort recul du chômage. En Rhénanie-Palatinat et en Lorraine, le taux de chômage a baissé respectivement de 2,7 et 2,6 points. Soulignons toutefois que la région allemande avec un taux de 6% reste sensiblement en dessous de la moyenne de la Grande Région, alors que la Lorraine avec 7,7% se situe globalement dans cette moyenne. Au Luxembourg en 2007, le taux de chômage n'a que très légèrement baissé. Notons toutefois qu’il atteint seulement 4,1% et reste dans la comparaison interrégionale et européenne de loin le taux le plus faible. La situation en Wallonie demeure difficile :, le recul du chômage n'a pas excédé 1,3 point et la région belge enregistre ainsi un taux de chômage de 10,5% soit à un niveau nettement supérieur à la moyenne. La CG de Belgique avec un taux de 7,6% se situe exactement au niveau de la Grande Région. C’est toutefois la seule composante régionale dans laquelle le taux de chômage a progressé entre 2005 et 2007.

Le chômage chez les jeunes reste le problème majeur de la Grande Région

L’analyse par sexe montre que les femmes profitent plus que les hommes de la régression du chômage dans la Grande Région. En conséquence, l’écart entre les hommes et les femmes a continué de se réduire. Pourtant, avec un taux s’établissant à 8,2%, les femmes sont toujours plus touchées par le chômage que les hommes (7,1%). Le chômage des jeunes reste un problème préoccupant dans la Grande Région. Il baisse certes plus fortement qu’en moyenne européenne grâce à l’essor économique observé depuis 2005 ; avec un taux de 15,8%, il représente cependant plus du double du taux de chômage global. Le chômage de longue durée a également baissé dans la Grande Région, mais son taux est encore supérieur à la moyenne européenne (3,8% contre 3,1% pour l’UE des 27 et 2,4% dans l’UE des 15). Parallèlement, on relève à nouveau une hausse du pourcentage de chômeurs de longue durée dans le nombre total de chômeurs depuis 2005 dans la Grande Région, alors que ce pourcentage est en baisse au niveau européen.

Le taux d’emploi de la Grande Région atteint actuellement 64,4%, ce qui signifie une progression par rapport à 2005, mais reste toutefois inférieur à la moyenne européenne

Dans le cadre des priorités de la politique européenne, la Stratégie européenne de l’Emploi sert de référence et les objectifs de Lisbonne, d’orientation pour l’évolution de l’emploi. Il est globalement prévu d’atteindre en moyenne un taux d’emploi de 70% à l’horizon2010, avec un taux d’emploi féminin de 60% et celui de 50% pour les seniors de 55 à 64 ans. Le taux d’emploi global de la Grande Région a atteint 64,4% en 2007 et reste ainsi sous le niveau européen (UE- 27 : 65,3%, UE-15 : 66,8%). Par rapport à 2005, l’espace de coopération a enregistré une hausse de 2,1 points, soit un peu plus que la moyenne européenne (UE-27 : +1,8, UE-15 : +1,5%). Si l’on établit une comparaison interrégionale, la Rhénanie-Palatinat et la Sarre sont les deux régions ayant connu la plus forte hausse avec des taux d’emploi respectifs de 71,3% et 66,3% et se situent ainsi actuellement au dessus de la moyenne de la Grande Région. La Rhénanie-Palatinat est de ce fait la première composante régionale à dépasser l’objectif de Lisbonne fixé à 70%. Toutes les autres régions restent, aussi bien sur le plan de la dynamique de développement que du niveau atteint sous la moyenne de la Grande Région. La Wallonie est la région la plus éloignée de l’objectif de Lisbonne (écart de 13 points).

Taux d’emploi des femmes proche de l’objectif de Lisbonne

L’évolution de l’emploi féminin a été très dynamique dans l’ensemble des composantes régionales avec une hausse de 2,8 points entre 2005 et 2007 très nettement supérieure au taux d’emploi global. Si l’on établit une comparaison sur le plan européen, cette progression dépasse largement le taux moyen. Contrairement aux années précédentes, la Grande Région se situe, avec un taux d’emploi des femmes de 58,3%, parfaitement dans la moyenne de l’UE-27 et se rapproche fortement de l’objectif de Lisbonne de 60%. La Rhénanie-Palatinat et la Lorraine ont d’ores et déjà atteint, voire même largement dépassé cet objectif dans le cas de la région allemande. La Sarre s’en approche elle aussi : l’écart n’est plus que de 0,6 point. La Wallonie et la CG de Belgique en revanche ont encore du chemin à parcourir : les écarts à l’objectif de Lisbonne sont respectivement de 10,4 et 6,3 points.

Près d’un quart des actifs travaillent à temps partiel

En 2007, 23,8% des actifs de la Grande Région travaillaient à temps partiel, soit nettement plus que la moyenne européenne (UE-27 : 18,1% ; UE-15 : 20,8%). La tendance haussière, depuis plusieurs années, pour cette forme d’activité au sein de l’espace de coopération s’est poursuivie. Cette évolution est essentiellement portée par les deux régions allemandes où le taux de travail à temps partiel atteint désormais plus de 28%. À l’exception de la CG de Belgique, toutes les régions se situent en partie largement en dessous de ce chiffre. Malgré une part croissante chez les hommes, le travail à temps partiel continue majoritairement à être plus répandu chez les femmes. En 2007, plus de 82% de tous les travailleurs à temps partiel étaient des femmes : près de 44% des femmes actives contre seulement 7,6% d’hommes avaient un contrat de travail à temps partiel. Si l’on établit une comparaison européenne, le taux d’emploi à temps partiel des femmes de la Grande Région est ainsi supérieur à la moyenne européenne, celui des hommes en revanche est inférieur.

Malgré une évolution dynamique supérieure à la moyenne, le taux d’emploi des seniors reste inférieur au niveau de l'UE

Malgré une hausse de 3,3 points depuis 2005 nettement supérieure à la moyenne, le taux d’emploi des seniors dans la Grande Région, atteignant 42,4%, reste en deçà de la moyenne européenne (UE-27 : 44,7% ; UE-15 : 46,5%). L’écart par rapport à l’objectif de 50% à l'horizon 2010 est à l'heure actuelle de 7,6 points. Des efforts considérables restent donc nécessaires pour promouvoir l'emploi des seniors. Au sein de la Grande Région, seules les deux composantes régionales allemandes obtiennent des valeurs supérieures à la moyenne. Notons au passage que la Rhénanie-Palatinat est même parvenue à dépasser de 4 points l'objectif visé pour les seniors. Il manque 3 petits points à la Sarre pour atteindre cet objectif alors que dans les autres régions de l’espace de coopération, les écarts sont encore plus conséquents, oscillant entre 15 et 18 points.

Hausse du taux d’emploi chez les jeunes à 35,6% en 2007. Évolution hétérogène dans les composantes régionales

Le taux d’emploi des jeunes de la Grande Région a progressé de 1,9 point en 2007 par rapport à 2005 pour atteindre 35,6% au total. Bien que cette hausse ait été nettement plus sensible qu'au sein de l’UE, le taux reste en dessous du niveau européen (UE-27 : 37,1% ; UE- 15 : 40,7%). Au sein de l’espace de coopération, les deux régions allemandes ont enregistré la plus forte progression depuis 2005, la Sarre s'étant tout particulièrement démarquée avec une hausse de 4,9%, un résultat très supérieur à la moyenne (Rhénanie-Palatinat : +3,2 point). Même la Lorraine, avec une croissance de 2,6 points, enregistre un bon résultat. En revanche, l’évolution a été nettement inférieure à la moyenne de la Grande Région et la dynamique est restée « molle » en Wallonie et au Luxembourg où le taux d’emploi des jeunes a même baissé par rapport à 2005. En raison des disparités de cette évolution au sein des différentes composantes régionales, on n’a pas observé de rapprochement en valeur absolue en 2007 : en Rhénanie-Palatinat (47,6%) et en Sarre (43,2%), le taux d’emploi des moins de 25 ans représente presque le double de celui du Luxembourg (22,5%) ou de la Wallonie (23,1%). La Lorraine avec 34,4% se situe légèrement en dessous de la moyenne de la Grande Région.

Hausse de l’emploi dans toutes les composantes de la Grande Région

Dans la Grande Région, selon les chiffres des offices statistiques, le nombre total des salariés au lieu de travail en 2006 était de près de 4,1 millions, soit 30 000 de plus qu’en 2005. Entre 1995 et 2006, on a enregistré une hausse globale de 11,3%, un chiffre que l’on doit principalement au Luxembourg et à la Wallonie. L’évolution au cours de la période examinée n'a cependant pas été uniforme mais a été influencée par divers cycles économiques. Après des taux de croissances positifs jusqu’à l’horizon 2000, la conjoncture s'est assombrie à partir de 2001 et dans les années qui ont suivi pour  finalement aboutir à un net tassement de l’emploi au sein de la Grande Région, une situation qui ne s’est stabilisée qu’après la reprise de la conjoncture à partir de 2004. Les bons résultats économiques obtenus durant cette période sont particulièrement perceptibles depuis 2006 dans la Grande Région, même si la progression reste encore nettement en deçà des résultats de la période 1998-2000/2001. Pour 2007 au moins, bien que nous ne disposions pas encore de données pour la Grande Région au moment de la rédaction de ce rapport, il est probable que cette tendance positive se soit poursuivie, voire renforcée.

Cependant, à compter de 2009 (au plus tard), suite à la crise économique et financière, nous devrions assister à un revirement de tendance. Les branches qui risquent d'être le plus touchées par la crise sont celles qui dépendent le plus fortement de l'évolution des marchés internationaux. Outre le secteur financier, cela concerne notamment l’industrie automobile, l’industrie de la sidérurgie et l'industrie chimique et leurs fournisseurs. De nombreuses entreprises de cette branche ont déjà recouru au chômage technique, le nombre des travailleurs intérimaires diminue et les contrats de travail à durée déterminée ne sont plus reconduits. Ce sont donc plus particulièrement les travailleurs peu qualifiés qui subiront de plein fouet les répercussions de la crise alors, qu'à l'heure actuelle en tout cas, on tente dans la mesure du possible de conserver le noyau dur des effectifs, en particulier dans l'industrie où il est déjà fortement réduit.

Les services : le moteur de l’emploi

Les créations d’emplois des dernières années sont surtout dues au secteur des services et tout particulièrement aux services aux entreprises ainsi qu’aux services financiers qui ont connu une forte poussée. Comparativement, dans le secteur industriel, la suppression des emplois s’est poursuivie. Depuis 2001, au sein de la Grande Région, on enregistre constamment des suppressions d’emplois dans ce secteur, une tendance qui n’a pas pu être endiguée par la reprise économique de 2004. Une stagnation globale peut être constatée dans le bâtiment qui a connu plus particulièrement un passage difficile entre 2001 et 2005 avec des chiffres de l’emploi en recul. Cette tendance n’a pu être stoppée qu’à partir de l’année 2006 qui a vu une augmentation du nombre d’emplois de cette branche. Parallèlement à l’évolution de l’emploi, le nombre de travailleurs des grands secteurs économiques a continué de se déplacer vers les services. En 2006, dans la Grande Région, près des trois quarts des travailleurs exerçaient leur activité dans le secteur tertiaire, soit près de 6% de plus qu’en 1995. Dans le même temps, la part du secteur secondaire est passée de 31,6 à 25,6%. Dans la Grande Région, c’est sans conteste en Wallonie et au Luxembourg que l’importance du secteur tertiaire est la plus forte.

L’emploi frontalier maintient une progression importante au Luxembourg

La mobilité transfrontalière des travailleurs dans la Grande Région poursuit une croissance continue. Il est permis de considérer aujourd’hui que l’espace de coopération possède la population de travailleurs frontaliers (au nombre de 196 175 personnes) la plus dense et la plus élevée en Europe. Plus de la moitié des migrants journaliers transfrontaliers (55,1 %) proviennent de Lorraine, et presque trois quarts d’entre eux (73,4%) travaillent au Luxembourg. Accueillant un total de 143 946 travailleurs frontaliers en provenance de France (50,1%), Belgique (25,8%) et Allemagne (24,2%), le Grand-Duché confirme qu’il reste l’employeur n° 1 pour les frontaliers de la Grande Région. Le Grand-Duché a affiché une croissance particulièrement rapide du nombre de frontaliers en provenance d’Allemagne, lequel a augmenté de 60% sur ces cinq dernières années. Avec 90 928 personnes travaillant hors de ses frontières, la Lorraine constitue la principale région d’origine des travailleurs frontaliers.

La crise économique aux dépens des travailleurs frontaliers ?

Les rapports de presse publiés au début de l’année 2009 sur l’impact de la crise financière et économique mondiale au Grand-Duché de Luxembourg ainsi que dans les régions voisines ont été nombreux à annoncer un recul parfois alarmant de l’emploi au Luxembourg, où les travailleurs frontaliers seraient les premiers à être touchés. Le ralentissement persistant de l’économie touche sans conteste le Grand-Duché, notamment dans les secteurs des finances et de l’industrie, et ne sera pas sans conséquences pour le marché du travail. Selon les chiffres officiels, aucun recul de l’emploi intérieur n’était toutefois constaté jusqu’à la fin du mois de février et les répercussions sur le volume de l’emploi dans le secteur financier ne sont restées jusqu’à cette période que d’une ampleur limitée. En outre, une analyse plus détaillée ne vient pas confirmer l’impression selon laquelle la proportion des frontaliers ayant perdu leur emploi serait supérieure à la proportion des suppressions d’emploi pour les résidents.

Conséquences accrues pour les frontaliers en raison de la spécificité structurelle et de la segmentation du marché du travail luxembourgeois

Contrairement à ce qui peut être lu dans certains articles de presse, il convient de ne pas assimiler une demande d’attestation E 301 à une mise au chômage. Etant donné que la situation des personnes concernées varie en fonction du pays de résidence (ce document n’est pas systématiquement requis) et que chaque salarié est en droit de demander cette attestation plusieurs fois par an (ce qui est le cas par ex. des travailleurs intérimaires), les statistiques disponibles sur les attestations E 301 délivrées ne permettent pas de tirer une quelconque conclusion quant à la situation réelle du chômage. Par ailleurs, les entreprises n’envisagent généralement des licenciements en temps de crise que lorsque les mesures engagées pour maintenir le personnel, par exemple la réduction du personnel intérimaire, la non reconduction des contrats à durée déterminée (« dernier arrivé, premier sorti ») ou le recours au chômage partiel ne sont plus opérantes. Les frontaliers sont toutefois effectivement ici plus touchés ici que les employés nationaux : ils constituent près de 80% des travail leurs intérimaires, ont occupé environ 70% des postes créés au cours de ces cinq dernières années et représentent près de 60% des employés du secteur industriel, le plus touché par le chômage partiel. Si la crise économique et financière actuelle a un impact plus important sur les travailleurs frontaliers, ce n’est pas par discrimination délibérée mais bien plus pour des raisons indirectes liées à la spécificité structurelle du marché du travail luxembourgeois et à la segmentation prononcée du système de l’emploi.

Régression progressive du flux de frontaliers lorrains vers la Sarre

Alors que les frontaliers lorrains se dirigent de plus en plus vers le marché du travail luxembourgeois, le flux de frontaliers vers les deux régions allemandes diminue. Ce recul est de plus en plus perceptible en Sarre, où le nombre de frontaliers entrants est passé dès 2006 en dessous des 21 000 personnes. En revanche, le flux de frontaliers sarrois travaillant au Luxembourg a doublé sur les cinq dernières années pour s’établir à 6 616 personnes. Le flux de frontaliers travaillant au Luxembourg poursuit également sa progression en Rhénanie- Palatinat (le Land compte aujourd’hui 25 141 frontaliers), tandis que le nombre de Français ayant un emploi dans la région allemande se redresse lui aussi lentement : leur flux a augmenté de près de 5% par rapport à l’année précédente pour atteindre à nouveau un nombre de 5 134 personnes. Alors que les Français sont de plus en plus nombreux à se rendre à leur lieu de travail sur le territoire wallon, plus des trois quarts des frontaliers wallons ont aujourd’hui un emploi au Luxembourg. De par ces corrélations étroites et dynamiques qui existent entre les marchés de l’emploi des différentes composantes régionales, la Grande Région constitue un véritable réservoir d’expériences unique en son genre en termes de mobilité transfrontalière.

L’augmentation de la mobilité résidentielle transfrontalière se poursuit …

Le phénomène de la mobilité résidentielle transfrontalière a également pris une ampleur grandissante au cours de ces dernières années. Ce constat s’applique particulièrement dans les régions situées à proximité de la frontière luxembourgeoise où les coûts moindres de l’immobilier et de la vie attirent en grand nombre les frontaliers, Luxembourgeois inclus. C’est ainsi que les frontaliers « atypiques » de nationalité luxembourgeoise ont vu leur nombre passer de 1 135 personnes en 1999 à 2 802 personnes aujourd’hui. Les deux régions allemandes ont enregistré pendant cette période un nombre croissant d’arrivées tandis que la Belgique et la France sont devenues des pays de destination moins prisés. Actuellement, l’Allemagne abrite à elle seule 45% des frontaliers de nationalité luxembourgeoise. Le nombre d’Allemands ayant leur résidence en France et leur lieu de travail en Sarre ou en Rhénanie-Palatinat ne cesse de progresser, ce qui atténue en même temps sensiblement les effets du recul du nombre de frontaliers français travaillant en Allemagne. Une hausse de 20% des frontaliers atypiques de nationalité allemande a été enregistrée entre 2000 et 2008 pendant que, sur la même période, la proportion des Français a diminué d’un quart. Actuellement au nombre de 7 717, les Allemands représentent 30% des frontaliers en provenance de la France.

… et soulève des questions sociales et infrastructurelles

Le choix d’un changement de lieu de résidence est ici également essentiellement motivé par les faibles prix de l’immobilier et des terrains ainsi que par une meilleure qualité de vie. Force est de constater néanmoins une augmentation des prix de propriété à proximité immédiate de la frontière entre la Sarre et la Lorraine, là où des « enclaves allemandes » se sont créées – un phénomène qui se répand également dans les régions proches de la frontière luxembourgeoise. Dans les zones à forte concentration de frontaliers telles que Thionville, on assiste à un départ des travailleurs non frontaliers initialement établis dans la région, lesquels ne sont plus en mesure de faire face à l’élévation des prix imputable à la demande immobilière importante et le fort pouvoir d’achat des frontaliers. Cette forte concentration de frontaliers atypiques et de personnes ayant transféré leur résidence fait apparaître des problèmes sociaux et infrastructurels de divers ordres : outre l’élévation des prix d’achat et de location de logements, ce phénomène entraîne également des conséquences au niveau des transports, des infrastructures, de l’intégration sociale et fait également apparaître des obstacles linguistiques et des difficultés en cas de chômage.

 


 

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Sixième rapport de l’Observatoire Interrégional du marché de l’Emploi

11e Sommet des Exécutifs de la Grande Région (17-07-09)